Les Nouvelles de Charlène

Que valent les plateformes numériques dans le bâtiment ?

Depuis une dizaine d’années on voit fleurir sur la toile de nombreux sites qui proposent aux particuliers bénéficier de devis gratuits pour leurs travaux de construction ou de rénovation. Si le domaine est encore à ses débuts en France, sa contrepartie américaine est, quant à elle, tout à fait ancrée dans les mœurs outre-Atlantique. Les particuliers qui désirent faire réaliser des travaux de rénovation générale ou même de rénovation énergétique, dont vous faites peut-être partie, se posent beaucoup de questions sur ces plateformes et sur leur qualité. Nous vous apportons quelques éléments de réponse pour déterminer où placer votre confiance.

Plateforme et bâtiment, quels liens ?

Il peut sembler contradictoire d’associer domaine numérique et travaux du bâtiment, il s’agit pourtant de deux milieux qui peuvent s’épauler pour proposer des services plus aboutis aux particuliers.

Les plateformes évoquées ici sont des sites internet qui proposent d’obtenir des devis gratuits pour des travaux de rénovation, d’aménagement, de construction ou de décoration.

Si la part des Français qui utilisent ces plateformes reste toujours modeste, les Américains en ont fait une véritable manie, avec plusieurs millions de projets mensuels et un taux de satisfaction très élevé.

L’engouement du public, qui ne saurait que progresser en France, s’explique par la grande facilité d’utilisation de ces plateformes ainsi que par les conseils et estimations qu’elles proposent. Le particulier qui ne désire que préparer son budget à horizon lointain peut bénéficier en quelques secondes d’une idée de prix et commencer à planifier son financement. En parallèle, le français qui souhaite obtenir un devis pour un projet bien précis peut le faire tout aussi rapidement, sans avoir à fouiller dans les annuaires d’artisans ou demander conseil à ses connaissances. Il s’agit ainsi d’un ratio indépendance-facilité-rapidité qui ne manque pas de séduire dans une société où tout va toujours plus vite et où le temps disponible se réduit comme peau de chagrin.

Ubérisation du bâtiment : Vraiment ?

Un article du journal les Échos reprenant une étude de la FFB (Fédération Française du Bâtiment) datant malheureusement de 2017 (tout peut changer en quelques années) s’attarde sur le phénomène des plateformes numériques dans le bâtiment.

Ce journal, très certainement bien intentionné, commet cependant une erreur d’interprétation. Il est en effet très souvent question d’ubérisation du bâtiment. Or, il n’est pas question d’ubérisation, mais plutôt d’une mise en relation entre des pros et des particuliers.

Pour reprendre l’analogie Uber, les interlocuteurs avec qui les particuliers sont mis en relation sur ces plateformes sont des artisans. Ces professionnels sont de vrais acteurs du bâtiment, qui disposent de toutes les autorisations, certifications et assurances, ne travaillent pas au noir et ne désirent pas compléter leurs revenus avec un job d’appoint.

Ces artisans utilisent les plateformes pour trouver de nouveaux clients, élargir leur champ d’activité, lancer une nouvelle entreprise ou tout simplement s’accorder une forme moderne et simple de publicité.

Pour terminer, on peut considérer que les artisans dont les particuliers peuvent avoir connaissance par le bouche-à-oreille cher aux Français sont exactement les mêmes qui travaillent de concert avec les plateformes. Ces pros ne sont en effet pas salariés ou freelances au service des plateformes, ils en sont tout simplement les clients, comme ils le sont avec une agence de publicité ou un spécialiste des autocollants publicitaires pour véhicules.

Une étude à prendre avec des pincettes

La seule étude sur le sujet est réalisée par la FFB, dont les motivations sont encore à déterminer. Il n’empêche que l’on peut compléter les informations qu’elle délivre afin d’avoir une vue du sujet plus actualisée.

Outre la confusion avec l’Ubérisation, on constate une mauvaise interprétation du risque concurrentiel.

Le secteur du bâtiment est cher aux Français, car comme le souligne une étude Ipsos récente, 83% d’entre eux ont une très bonne image du secteur. L’artisanat est ainsi perçu comme un domaine à protéger pour conserver un savoir-faire français.

Contrairement à ce que laisse entendre la FFB, les plateformes numériques ne concurrencent pas les artisans, car sans eux, elles n’existeraient pas. Il ne s’agit pas d’un secteur prenant les parts de marché d’un autre, mais plutôt d’une mise en relation plus intime de secteurs très différents.

Nous n’évoquons pas ici les sites qui proposent une mise en relation avec des bricoleurs du dimanche cherchant à arrondir leurs fins de mois, car il ne s’agit ni de rénovation, ni de construction, mais de décoration. En effet, la plupart des travaux du bâtiment nécessitent des certifications et des assurances qui sont fermées aux particuliers, même bricoleurs.

Toujours selon la FFB, en 2017, 38% des artisans sondés s’estimaient heureux de leurs relations avec les plateformes. Ce chiffre doit impérativement être replacé dans son contexte sinon il ne fait pas sens. On estime actuellement que 25% des artisans du bâtiment ont plus de 50 ans, une tranche d’âge où l’utilisation des outils numériques est la moins favorisée et pour laquelle gérer des devis dématérialisés, par exemple sur un smartphone, n’est pas intuitif.

D’autre part, il existe actuellement de nombreuses plateformes qui peuvent satisfaire les uns et décevoir les autres. Il faudrait, pour que ce chiffre ait un sens, faire une étude objective et plus poussée.

À qui faire confiance dans ce domaine concurrentiel ?

Il n’en reste pas moins que, comme dans tout secteur professionnel, certains interlocuteurs ne sont pas entièrement honnêtes ou ne parviennent pas à proposer une qualité acceptable.

Les particuliers qui hésitent à demander un devis sur une plateforme numérique peuvent se rassurer en utilisant le meilleur outil à leur disposition : le bon sens.

Le site internet qui propose une mise en relation avec ses clients doit être à la hauteur de ses ambitions. Ainsi un site mal conçu, peu clair, bourré de publicités ou n’ayant pas des conditions d’utilisation claires et accessibles a de grandes chances d’offrir des prestations d’une qualité tout aussi médiocre.

De la même manière, ces plateformes ne font pas les prix, les tarifs des travaux sont à la discrétion des artisans, qui sont les seuls à pouvoir donner un montant définitif, précis et adapté à la configuration du projet. Il ne faut ainsi pas s’orienter vers une plateforme parce que les estimations moyennes affichées sont les plus basses. Comme souvent dans les travaux, les prix élevés sont les plus réalistes, car les artisans ont, comme tous les professionnels, de nombreuses charges et frais et répercuter sur leurs activités.

Enfin, il est souvent judicieux d’observer les estimations proposées par ces plateformes, qui, pour être réalistes, doivent bénéficier de tous les éléments nécessaires : fournitures, main-d’œuvre, accessoires de poses, finitions et autres. Ainsi une estimation qui n’est associée à aucune explication n’a ni sens ni intérêt pour le particulier, car les devis qu’il recevra s’en éloigneront énormément.

Les interactions numériques : Un domaine sans garanties ?

Comme toutes les activités, la mise en relation numérique est soumise à des règles et doit offrir certaines garanties aux parties engagées. Les demandes de devis effectuées par les particuliers sont encadrées par les règlements inscrits aux conditions générales d’utilisation (CGU).

En principe, il est recommandé de s’orienter vers une plateforme dont les devis sont gratuits et sans engagement de la part du particulier. En outre il est sage de privilégier les plateformes qui ne collectent pas les données personnelles.

Les artisans qui se proposent de réaliser les travaux souhaités bénéficient de leurs propres garanties et certificats de qualité.

De très nombreux artisans doivent avoir une garantie décennale pour couvrir les travaux sur le long terme ou doivent être agréés par un organisme spécialisé, par exemple pour effectuer la mise en service d’une pompe à chaleur.

Il n’y a ainsi pas plus de risque à utiliser une plateforme en ligne qu’à contacter un artisan par téléphone.

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